carte de l'election presidentielle
En Alaska, plusieurs districts électoraux sont fusionnés pour se rapprocher du découpage administratif habituel, utilisé par exemple pour le recensement de la population.
En Virginie, pour des raisons de lisibilité et de cohérence d'ensemble, les independent cities sont fusionnées avec les comtés dont elles sont issues.

      Premier constat, terrible: cette carte est la plus contrastée de l'histoire électorale américaine depuis 1936. Seuls les scrutins de 1860, de 1904, de 1932 et donc de 1936 arrivent à ce degré d'opposition. Le plus inquiétant est que les deux camps se sont renforcés chacun de leur côté, là où les médias, relayant des instituts de sondages habitués à satisfaire leurs commanditaires, annonçaient l'écrasement d'un camp par l'autre. Les petits candidats se sont volatilisés; plus de libertarien pour faire rire le public par son inculture, plus de Nader pour faire plaisir à une frange gauche de l'intelligentsia américaine: les démocrates ont bel et bien obtenu un référendum sur la personne du président sortant, mais au résultat peut-être plus "hazardous" (au sens anglais du mot) que bénéfique pour la nation américaine.
      Corrélativement, à l'issue d'un dépouillement acrobatique et contesté par le candidat vaincu dans les États tangents, l'avantage démocrate dans le vote populaire s'est nettement accru à la fois par rapport à 2016 et par rapport à ce qu'il était au lendemain du 2 novembre. Cela rendait l'annulation du vote telle que s'y évertua le camp Trump vaine. Pourtant, le doute restera et sur les dépouillements repris tard le soir en l'absence des représentants du Parti républicain et sur le vote par correspondance, extrêmement élevé puisqu'il a atteint dans certains États un tiers du total des votes populaires dépouillés. On se souvient d'ailleurs qu'en France ce moyen fut supprimé en 1975 à cause des trop faciles manipulations sur les électeurs ne pouvant se déplacer.
      Malgré ce renforcement des contrastes, malgré ces aléas techniques et l'évolution électorale à petits pas de l'Amérique, on doit constater une fois de plus la grande stabilité de la géographie électorale américaine. Une faible part du territoire a fait élire un candidat grâce à sa force démographique, où on relève comme d'habitude les villes mais cette fois un peu plus enrichies de banlieues concordantes. À quoi il faut ajouter les comtés noirs du vieux Sud, le Nord-Est atlantique et une large partie de l'Ouest, jusqu'au Pacifique. Vu de près, on est loin du vote des côtes contre l'intérieur tel que décrit par certains commentateurs, peu regardant sur le matériaux d'analyse, en général le vote par État, qui donne effectivement cette impression d'un monde naturellement ouvert à l'extérieur contre une Amérique intérieure et fermée. On remarquera bien sûr la côte californienne. Mais plus de la moitié des côtes ne votent pas démocrate. Cette vision du monde ouvert à l'extérieur contre un monde fermé — sous-entendu à l'immigré — se vérifie mieux dans l'homogénéisation du vote urbain, en que celui-ci s'est récemment élargi à des banlieues naguère très républicaines. Il se vérifie encore mieux dans l'opposition entre milieu universitaire et zones environnantes. Un exemple? Dans le Wisconsin, Biden réalise son meilleur résultat dans le petit comté indien de Menominee, chose logique au vu des résultats habituels de cette minorité ethnique, très en pointe en 2020 dans le vote démocrate. Mais le deuxième meilleur résultat s'observe à Madison, certes capitale de l'État mais beaucoup moins importante que Milwaukee (sur le lac Michigan) et surtout receptacle d'un vaste complexe universitaire.
      En revanche, ceux qui croyaient sinon toutes du moins les principales minorités ethniques acquises par essence aux démocrates souffrent de revirements qui ont surpris, même à droite… C'est ce que nous allons pouvoir examiner dans les cartes d'évolution de 2016 à 2020.
      Joseph ou "Joe" Biden (démocrate) élu président.