.
.
carte de l'election presidentielle
En Alaska, plusieurs districts électoraux sont fusionnés pour se rapprocher du découpage administratif habituel, utilisé par exemple pour le recensement de la population.
En Virginie, pour des raisons de lisibilité et de cohérence d'ensemble, les independent cities sont fusionnées avec les comtés dont elles sont issues.

      La photographie de l'élection de 2016 ressemble beaucoup aux cartes des élections présidentielles américaines depuis 1972: masse républicaine de comtés ruraux ou de petites villes, contre minorité démocrate de comtés urbains ou de comtés ruraux à fortes majorités raciales autres que blanches non hispaniques. Minorité démocrate en superficie seulement, car la préférence urbaine pour les démocrates, malgré un isolement dans l'espace américain qui frappe, a pour la quatrième fois dans l'histoire du pays apporté une majorité de votes populaires à la candidate démocrate tandis qu'auprès des grands électeurs le candidat républicain remportait la mise (la première fois en 1876, avec Tilden battu au petit collège, la deuxième en 1888, avec Cleveland, la troisième en 2000, avec Al Gore). Comment cela est-il possible?
      La totalité des mandats par État va au gagnant de l'État. Si un parti gagne dans trop peu d'États, il peut se retrouver minoritaire auprès des grands électeurs précisément pour n'avoir pas gagné dans suffisamment d'États. Fait renforcé par la répartition des grands électeurs. En effet, les constituants de 1787, qui n'étaient autres que les délégués de chaque ex-colonie britannique, chacune étant jalouse de son originalité et entendant bien préserver un maximum de ses prérogatives, forgèrent une constitution où même dans le corps électoral de second degré, celui des grands électeurs présidentiels, on retrouvait le poids du fédéral, puisque ceux-ci devaient correspondre au nombre de représentants envoyés par chaque État à la chambre basse du Congrès, nombre proportionné à la population, additionné du nombre de sénateurs envoyés au Sénat, à savoir deux par État.
      À partir du moment où un camp politique n'arrive pas à surpasser nettement son adversaire et qu'il est minoritaire dans trop d'États, il peut être battu par ce mode d'attribution des mandats. Voire par la seule part de grands électeurs correspondant aux sénateurs, ce qui s'est passé en 2000. C'est injuste pour le citoyen d'un pays centralisé, qui récapitule tous ses calculs à l'échelon national, mais dans un pays viscéralement fédéral comme les États-Unis d'Amérique, cela ne choque pas. D'ailleurs, très rares sont les États qui cherchent à rectifier la chose. Ils savent que s'ils commencent à remettre en cause les règles établies en 1787, alors c'est l'autonomie de chaque État qui risque d'être remise en cause à son tour. Et cela, les Américains ne le veulent pas. Les démocrates ont joué de malchance il faut dire en 2016. Car tout une série d'États importants ont basculé de peu dans le camp républicain, ceux des Grands Lacs. Ils expliquent à eux seuls la victoire de D. Trump. Le mépris des intellectuels vis-à-vis des « ploucs » peuplant l'Amérique profonde a fait beaucoup de progrès ces dernières années. L'ennui pour eux est qu'ils se concentrent de plus en plus dans les grandes métropoles, et qu'ils laissent à leurs ennemis désignés toujours plus d'espace et donc d'États. Cela leur est — et leur sera de plus en plus — préjudiciable dans un tel système.
      D'ailleurs, le rétrécissement géographique des majorités démocrates (calculées par comté) saute aux yeux si on compare avec le scrutin de 2012. Sauf dans 6 États du sud-ouest, du Texas à la Californie. Californie où l'acrimonie envers un candidat susceptible de gagner a donné lieu, pour la première fois depuis longtemps aux États-Unis, à des scènes de violence physique contre les personnes, attisées par des médias globalement hostiles.
      Une autre façon de voir la réalité électorale américaine est la carte suivante, qui considère chaque État comme un tout et montre l'écart du pourcentage Clinton par rapport à la moyenne qu'elle a obtenue dans chaque État. Les choses s'éclairent plus vivement, dans la mesure où les préférences régionales n'oblitèrent pas la vision du détail. Ainsi, côté favorable à Mme Clinton, trois sortes ce comté jaillissent de cette lecture, ô combien significative! Les comtés urbains des villes importantes en taille, les comtés ruraux habités par des minorités raciales importantes en proportion de la population, et certains comtés complètement isolés, correspondant à des sites universitaires. Les premiers ne sont plus à citer. Les seconds peuvent se rappeler rapidement: Noirs du Sud-Est, Hispaniques du Sud-Ouest, et Amérindiens de l'Ouest (lesquels étaient directement menacés par des annonces du camp Trump). Les troisièmes peuvent se résumer à un exemple caricatural: celui du comté contenant la seule université de l'Iowa, dans le sud-est de l'État, alors même que cet État n'a aucune ville importante et donc aucun autre pôle remarquable de vote démocrate...
      Mais les cartes d'évolution de 2012 à 2016 sont plus intéressantes encore, parce qu'elles montrent des tendances qui elles-mêmes accusent les traits du vote américain.
      Donald Trump (républicain) élu président.
carte des ecarts du pourcentage Clinton a la moyenne par etat