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      La carte d'évolution du vote Romney à Trump montre d'abord le recentrage de l'électorat républicain sur les Grands Lacs et le nord des Grandes Plaines. Aux Grands Lacs correspond évidemment la fameuse ceinture de la rouille, ou «rust belt», qui a propulsé M. Trump à la Maison Blanche. Aux Grandes Plaines correspond l'Amérique à la fois la plus blanche, la plus agricole, et l'Amérique blanche la plus pratiquante.
      Mais des évolutions sont plus subtiles, qui atténuent l'impression de blocs de minorités raciales ayant voté uniformément pour la candidate démocrate. Car autant les Hispaniques de deuxième ou troisième génération du sud du Texas ou de très vieille souche de la haute vallée du Rio Grande ont retenu leur vote pour la candidate démocrate, voire l'ont accordé cette fois au candidat républicain, autant plus à l'ouest, à El Paso ou à partir de Tucson, l'ampleur de l'immigration récente s'est traduite d'abord par une dégradation du respect des règles de vie américaines, puis par un bellicisme parfois violent vis-à-vis des partisans de Trump, et finalement par un vote anti-Trump. Dans le sud-ouest des Etats-Unis, le vote républicain recule par submersion migratoire, exactement comme dans les banlieues françaises de forte immigration le vote Le Pen s'est tari par disparition des Français de souche. Les Noirs également ont été plus chiches de leur vote pour la candidate démocrate; son recul général par rapport aux pourcentages Obama de 2012 dans le Sud-Est trouve son explication dans la carte de la baisse très sensible de la participation entre 2012 et 2016 dans les comtés les plus noirs de la zone. Autre indice, non visible à cette échelle: Mme Clinton perd des voix dans le Bronx, alors qu'elle en gagne à Manhattan (et en gagne encore plus si on exclut Harlem).
      Quant aux Mormons, ils ont préféré un petit candidat (McMullin) exempt des écarts et des éclats de M. Trump, raison pour laquelle ce dernier recule par rapport à M. Romney, lui-même issu des Mormons il est vrai.
      Autre évolution significative: M. Trump recule systématiquement dans les banlieues riches, où Mme Clinton progresse de façon équivalente. Ces zones, jusque 2004, ne cessaient de renforcer leur vote conservateur à travers tous les candidats républicains. En 2008 et 2012, elles ont tempéré leur vote républicain, sans être remarquées par aucun observateur. Cette fois, elles ont nettement accentué cette tendance en reversant une partie non négligeable de leurs voix à Mme Clinton. Dans les banlieues où les professions liées à la finance et à l'immobilier sont les professions les plus surreprésentées dans la population, ce revirement est plus net encore. A Atlanta, le «système» arrive à son port: la ville de CNN, fortement marquée par les minorités ethniques comme toutes les grandes villes américaines, est ceinturée d'une banlieue riche dont l'orientation anti-Trump ou pro-Clinton a rejoint la ville centre pour former un ensemble logique.
      L'autre grande révélation de ces élections est en effet que les grands médias américains se sont beaucoup rapprochés des médias européens. Le temps semble loin où le Washington Post, le New York Times et quelques revues de Boston faisaient figure d'exception dans un paysage médiatique ultra-conservateur...
      On pourrait parfaitement résumer la situation en parlant d'Amérique blanche non bénéficiaire de la mondialisation de l'économie mais refusant de disparaître en tant que telle, contre mondialisation satisfaite et acceptant les ghettos sociaux.
      En comparant les cartes d'évolution des deux principaux candidats à la carte de l'évolution de la participation, on voit qu'aucune des deux premières ne correspond à la seconde. Le mouvement essentiel n'est pas dans la conversion d'abstentionnistes au vote républicain (ou marginalement démocrate), mais bel et bien dans un transfert de voix entre les deux camps.
      Cependant, le plus terrible est ailleurs. À savoir dans l'accentuation des contrastes entre zones démocrates irréductibles et tout le reste du pays. Partout en zone rurale ou de petite ville, le vote sinon républicain, du moins anti-système, système tellement parfaitement symbolisé par Hillary Clinton, s'est amplifié. La caricature est atteinte autour de Washington, de Durham (Car. du N.) et d'Austin. Dans ces villes respectivement de fonctionnaires fédéraux, de recherche appliquée, et concentrant les institutions universitaires de l'Etat, Mme Clinton a réussi à augmenter sensiblement le pourcentage démocrate, alors que tout autour celui-ci régressait voire plongeait (au sud de Washington). Autre exemple caractéristique, à partir de Philadelphie, d'est en ouest: la ville centre ne modifie pas sensiblement son vote, tandis que sa banlieue ouest, à prédominance de profession financière ou immobilière, augmente nettement ses voix en faveur de la candidate par rapport à Obama. Dès qu'on sort de cette agglomération, le vote Trump prend le dessus et augmente par rapport à Romney en 2012.
      C'est évidemment cet aspect du creusement des contrastes qui doit retenir l'attention: M. Obama laisse une Amérique en large partie amère et plus divisée que jamais. Par la composition des deux électorats respectifs, on a assisté à un vote de type «brexit» à une échelle continentale.
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