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primaires démocrates de 2008

      Que signifient les résultats par comté de ces élections primaires?
      M. Obama correspond au noyau dur de l'électorat démocrate; comtés universitaires (comtés isolés ou en pointe par le score), comtés à forte proportion de diplômés (Nouvelle-Angleterre, Ouest montagneux population récemment installée, c'est-à-dire également un électorat à fortes propensions environnementalistes), comtés noirs (épine dorsale du Sud-Est très reconnaissable sur la carte, villes), secondairement comtés à forte présence de fonctionnaires (hors administration locale). Tandis que Mme Clinton rallie le reste, c'est-à-dire la population d'âge actif, les personnes âgées, et les Blancs peu diplômés voire pauvres, pauvres dont la proportion maximale se trouve aux confins orientaux du Kentucky, au coeur des Appalaches et sur son revers ouest. Plus les comtés où les démocrates devront puiser des électeurs nouveaux par rapport à 2000 ou 2004 pour vaincre en septembre. On doit relever qu'elle rallie par exemple les Hispaniques, qui sont pour le moins circonspects face à un candidat noir ou même métis depuis l'aigreur de beaucoup de ces derniers vis-à-vis des autres minorités parce que ceux-ci se sont vus dépassés numériquement par les Hispaniques dans la population, se voyant privés du même coup du statut de minorité la plus à plaindre.
      A l'opposé, M. McCain a pêché en eau démocrate comme Mme Clinton a prospéré en terrain républicain, alors que son dernier vrai compétiteur, M. Huckabee, a les mêmes caractéristiques que M. Obama, à savoir qu'il a recueilli ses meilleurs scores en zone profondément républicaine, dont il n'aurait pu espérer beaucoup sortir s'il avait été investi en septembre, de la même manière que M. Obama ne peut espérer beaucoup d'électeurs nouveaux en-dehors de sa zone de force telle que visible sur la carte, à savoir la zone de force démocrate.
      Le duel Clinton-McCain aurait donné donc une chance bien plus grande au parti démocrate d'accompagner sa plus que probable victoire aux législatives de novembre par une accession à la Maison Blanche.
      Heureusement pour les démocrates et malheureusement pour les républicains, l'économie va mal. Et quand l'économie va mal, les Américains sanctionnent. Or, dans ce domaine, M. McCain n'a que des solutions attentistes et classiques pour économie prospère, au désespoir de ses meilleurs soutiens. De surcroît, le candidat républicain a passé son temps à attaquer son adversaire alors qu'il n'était même pas désigné par le parti démocrate. En politique, quand on ne fait que dénoncer son adversaire, cela signifie soit qu'on n'a pas de résultats à son actif, soit qu'on n'a pas de programme à proposer à la place de celui qui a échoué.
      Depuis l'été, les États-Unis préparaient très probablement l'attaque de l'Iran. Dans cette perspective, les partisans d'Obama se seraient retrouvés à nouveau en situation délicate, le candidat républicain étant mieux vu par les citoyens américains sur le chapitre des affaires extérieures. Mais voilà; la crise financière a rebondi; d'abord elle coule ou quasiment les chances républicaines; ensuite on imagine mal maintenant une telle initiative, même avec l'intention de remettre à flot la candidature républicaine, mal en point également par disparition des médias de Sarah Palin...
      Si le ticket démocrate est élu, alors ce scrutin constituera un tournant. Tous les médias évoqueront la couleur de peau de l'élu. Mais il y aura autre chose: le fait, pour les démocrates, de pouvoir désormais se passer du Sud profond pour se faire élire à la Maison blanche...